Vous avez dit Permaculture?

Depuis quelques temps, le mot permaculture est très en vogue dans le monde du jardinage bio ; mais quel est donc ce nouveau concept ? Est-il si nouveau que cela ?

Pour trouver réponses à nos questions, nous avons interrogé Christophe Gatineau, cultivateur-cinéaste et libre penseur, qui vient de sortir un second livre sur la permaculture, « La permaculture de 1978 à nos jours » publié aux Éditions du Sable-fin à Limoges.

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 » Le mot permaculture est effectivement à la mode, ce qui n’est pas un très bon signe… car sa redéfinition permanente en fonction de l’intérêt personnel de ses émetteurs, fait perdre totalement le sens et la cohérence d’un concept qui n’est pas nouveau et qui remonte à la nuit des temps.
C’est ennuyeux quand un mot est utilisé pour définir des choses très différentes, mais avec l’intention de faire croire qu’il pourrait en désigner qu’une. Le mot agriculture avait subi le même sort au 20ème siècle, redéfini comme un ensemble de techniques d’exploitation du sol en vue d’une production végétale alors, qu’avant, l’agriculture était considérée comme un art, l’art de cultiver la terre pour la rendre fertile indéfiniment. C’est le sens même de la permanence.

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Pour revenir à la définition du mot permaculture, quand un individu, une famille ou une communauté produit autant d’énergie qu’il en consomme, il est en cohérence avec le concept de la permaculture.

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Historiquement, la permaculture, c’est l’agriculture vivrière : ces millions de petites unités autonomes et auto-fertiles qui peuplaient l’ensemble de la planète avant la deuxième guerre mondiale. Aujourd’hui, certains spécialistes affirment à juste titre que la permaculture a évolué et qu’elle embarque la Culture au sens cervical du terme ; on parle de permaculture urbaine, de permaculture appliquée aux médias, aux soins et à la santé… d’où l’importance au départ de bien s’accorder sur le sens des mots et des intentions.

Que serait alors la permaculture adaptée au jardin ?

lejardinvivant2014 (2)– La permaculture est un concept global, ce qui explique qu’installer une butte dans son jardin ou le recouvrir d’un manteau de paille l’hiver n’est pas faire de la permaculture, c’est juste une coquetterie… Une coquetterie ! Un procédé pour attirer l’attention sur soi mais qui n’engage pas plus l’individu qu’un pin’s accroché à son veston avec écrit : je suis un ami de la Terre ou je suis Charlie ! Les galas caritatifs sont remplis de gens gavées qui s’amusent le temps d’une soirée à aider les plus démunis alors que le reste de l’année ils les dépouillent.
– En premier, faire de la permaculture, c’est considérer la TERRE comme un organisme vivant, un écosystème à part entière, un système cohérent.

lejardinvivant2014-14 En conséquence, à la base de tous nos actes dans le jardin, les champs ou ailleurs, c’est la prise en compte de la BIOSPHÈRE pour intégrer le développement des générations futures dans toutes nos décisions.
Concrètement, le sol est l’intestin des plantes, alors évitons de le retourner. Et la permaculture appliquée au jardin, c’est l’application de l’effet racino-causal.

Qu’est-ce que l’effet racino-causal ?

– La racino-sphère est la partie de la croûte terrestre où se développent les racines des végétaux, ou dit autrement, la partie de la Terre où les tiges souterraines des plantes prospèrent. Dans la terre, les tiges souterraines se développent et plus elles s’y développent, plus les tiges aériennes prospèrent dans l’atmosphère. C’est l’effet racino-causal et ce point de vue est central.
En effet, les parties visibles d’une plante sont ses tiges aériennes. Mais ce que nous voyons n’est que le reflet de ses tiges souterraines. Ainsi, une belle plante aura un système racinaire épanoui, et à l’inverse, une plante chétive peu de racines, des racines de surface… Et le peu de racines favorise le stress hydrique, la sensibilité aux parasites

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Et plutôt que de se développer, la plante montera directement en graines pour sauver sa peau (cas de la laitue) Sauf pour les granivores, comme la limace, le commun des mortels préfèrent se délecter des feuilles… Et comme pour nous ou la limace, les racines des plantes potagères ont besoin pour se développer, d’eau, de chaleur et d’oxygène : le secret est là, enfin une grande partie.

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Par exemple quand, dans une terre argileuse et non ré-essuyée, le jardinier sème puis tasse son semis, il ne jardine pas, il fait de la maçonnerie ! Le premier parasite dans un jardin, c’est le jardinier. Pourquoi ? Quand j’interviens dans les salons pour donner des conseils ou lors d’ateliers, 90 % des personnes disent : j’ai une mauvaise terre. Jamais elles ne disent : je suis un mauvais jardinier. Il n’y a pas de mauvaise terre, mais aucune ne se cultive pareil.

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Et pour finir, un jardinier qui croit que les plantes sont de simples choses et lui un être supérieur, se trompe. Les Anciens parlaient aux plantes et aux arbres, c’était leur secret, un secret qu’ils n’ont jamais divulgué pour ne pas être condamné au bûcher. Un secret à prendre tout à fait au sérieux. »

(Photos, C Gatineau, Le jardin vivant)

 

Voici donc un éclairage différent sur le sujet!

Pour en savoir plus,

vous pouvez vous procurer l’ouvrage de Christophe Gatineau «La permaculture de 1978 à nos jours» aux Éditions du Sable-fin à Limoges via le site www.lejardinvivant.fr , dans certaines librairies ou sites de vente en ligne comme aux Éditions de Terran ou à la librairie PermaCulturelle.

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Autres livres de l’auteur :« Aux sources de l’agriculture, la permaculture, illusion et réalité » 2014et à paraître : « Le dictionnaire de la permaculture ».
Mais aussi, Christophe Gatineau a réalisé 4 films sur la ruralité dont

 » Tête de mule », tourné dans les Hautes-Pyrénées. Ce film a été plusieurs fois primé dans les grands festivals de films documentaires, diffusé dans le monde entier via le câble, diffusé en salle… projeté à la cité des Sciences de la Villette…Et il est visible depuis quelque mois sur YouTube en complet et en gratuit.

https://youtu.be/_iCw4QsYp1

Un film plein d’humanité!

 

  2 comments for “Vous avez dit Permaculture?

  1. SAUVAGE
    18 mai 2015 at 20 h 04 min

    Bonsoir,
    Bien d’accord avec Christophe Gatineau : il n’y a pas de mauvaise terre. C’est au jardinier de s’adapter au sol dont il a la jouissance. Et c’est aux dilettantes, comme je suis,
    de respecter et remercier ses z’habitants sous-terrains et aériens, pour toutes les surprises et émerveillements qu’ils nous offrent.
    Catherine, piètre jardinière, mais observatrice obstinée de Mère Nature

  2. 19 mai 2015 at 16 h 45 min

    Bonjour Annie-Jeanne,
    Oui ! Qu’on se le dise haut et fort, félicitons nos plantes, remercions-les ! Parlons à nos plantes, chantons-leur des refrains, sifflotons-leur des airs, ou passons-leur de la musique. Les vibrations de carillons installés dans le jardin leurs conviennent bien aussi ! Elles nous le rendront bien en échange. Les plantes communiquent… mais je ne savais pas que les betteraves et les choux utilisent des téléphones… 🙂
    Oui ! Ce sont des êtres vivants formidables à qui la permaculture donne toute sa dimension. Sans les plantes, pas d’autonomie, pas d’auto-suffisance ! Et sans notre Terre nourricière, pas de chaîne alimentaire, pas de vie.
    Merci à Christophe Gatineau pour ses livres et ses vidéos ainsi que ses articles dans son jardin vivant.
    Lo Stas

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